
Au moins 10 entreprises ont annoncé des investissements de milliards de dollars au Canada pour construire des véhicules électriques.
Photo : afp via getty images / AFP
Lorsque le ministre fédéral de l'Innovation, François-Philippe Champagne, prend la parole au micro pour parler de l'électrification de l'industrie automobile canadienne, il a une phrase favorite pour résumer ses efforts afin d'attirer les investissements mondiaux : « Ce n'est pas tout le monde dans le monde qui se réveille en pensant au Canada. » Son travail, selon lui, consiste à changer cela.
Je ne m'arrête jamais
, a déclaré l'ancien avocat et stratège en développement commercial de 52 ans lors d'une entrevue. Il dit être assez persévérant
.
Depuis qu'il a pris en charge le portefeuille de l'Innovation, en janvier 2021, au moins 10 entreprises différentes ont annoncé des investissements totalisant 15,7 milliards de dollars au Canada afin de construire des véhicules électriques et de fabriquer les batteries qui les alimentent, voire d'extraire les minéraux et de produire les matériaux qui entrent dans la fabrication de ces batteries.
Sa persévérance l'a amené à faire le tour du monde pour défendre le Canada auprès de certaines des plus grandes entreprises technologiques et automobiles : Volkswagen, Mercedes-Benz, Mitsubishi, Suzuki, Panasonic, Hitachi et Subaru, pour n'en nommer que quelques-unes. Certaines, comme Honda et Toyota, produisent déjà au Canada, mais la plupart ne sont pas présentes ici.
M. Champagne a soutenu que le Canada doit être plus entreprenant s'il croit qu'il peut attirer de nouvelles entreprises.
Personne dans son équipe ne se souvient de la dernière fois où le Canada a eu des discussions avec des constructeurs automobiles allemands au niveau de la haute direction, a-t-il mentionné. Il a d'abord ouvert cette porte avec le PDG du groupe Volkswagen Canada, qui supervise ses concessionnaires.
« Ensuite, nous avons eu le PDG du groupe Volkswagen, qui produit environ 30 millions de voitures chaque jour, qui a passé deux jours avec moi, et maintenant nous nous envoyons des messages textes. »
En août, lorsque le premier ministre Justin Trudeau a accueilli le chancelier allemand Olaf Scholz à l'occasion d'une visite d'État, Volkswagen et Mercedes-Benz ont toutes deux signé des accords avec le Canada pour explorer la possibilité de créer des partenariats dans la chaîne d'approvisionnement des véhicules électriques.
C'est assez étonnant qu'en quelques mois nous soyons passés d'une relation essentiellement très limitée, en dehors des concessionnaires du Canada, au plus haut niveau avec les signatures du chancelier allemand, le premier ministre du Canada, moi-même et le [président de Volkswagen] Herbert Diess.
Beaucoup à faire pour demeurer concurrentiel
M. Champagne a vanté l'industrie canadienne des véhicules électriques en Allemagne en mai, au Japon en juillet et à Détroit en septembre. En novembre, il a des rendez-vous prévus en Corée du Sud.
Il y a quelques semaines, il s'est envolé pour Fremont, en Californie, pour visiter l'usine Tesla. Les rumeurs d'une expansion de Tesla au Canada vont bon train et M. Champagne reste prudent, se contentant de dire qu'il faut rester à l'écoute.
Le responsable des programmes chez Clean Energy Canada, Evan Pivnick, estime que le pays a parcouru un chemin incroyable dans la construction de sa chaîne d'approvisionnement de véhicules électriques et de batteries au cours de la dernière année.
« Je pense que [...] nous sommes très en avance par rapport à ce que la plupart des gens de l'industrie auraient prédit que nous étions capables d'atteindre. »
Toutefois, M. Pivnick a souligné qu'il reste encore beaucoup à faire si le Canada veut rester concurrentiel pour devenir une puissance dans ce domaine.
Son cabinet a récemment publié une analyse qui indique qu'avec les annonces faites au cours des deux dernières années, cette industrie soutiendra entre 60 000 et 110 000 emplois directs et indirects et contribuera à hauteur de 12 à 19 milliards de dollars à l'économie nationale d'ici 2030.
M. Pivnick a déclaré que si le Canada joue bien ses cartes
, ces chiffres pourraient atteindre 250 000 emplois et 48 milliards de dollars de PIB.
Cela nécessitera une stratégie globale en matière de batteries, ce qui poussera les constructeurs automobiles canadiens à convertir la quasi-totalité de leurs installations d'assemblage pour produire des voitures électriques, à ouvrir de nouvelles mines et à investir massivement dans les matériaux destinés aux batteries, dans la production de cathodes et dans le recyclage.
Abondance d'énergie propre
Il faut une expansion rapide de l'approvisionnement en électricité pour tout alimenter avec de l'énergie propre, étant donné qu'un des principaux arguments de vente du Canada à l'étranger est l'abondance d'énergie propre ici.
M. Pivnick a déclaré que cela nécessite également un plan de transition de la main-d'œuvre, ce que les libéraux promettent depuis des années mais qu'ils n'ont pas encore livré.
« Nous devons commencer à travailler sur la transition des travailleurs dès maintenant afin que le travailleur de l'automobile d'aujourd'hui soit demain un ouvrier d'assemblage de véhicules électriques. »
Toutes les usines automobiles du Canada sont au cœur d'un processus de réoutillage pour produire des véhicules électriques, bien qu'aucune d'elles n'ait promis une conversion complète. Plusieurs projets miniers, qu'ils soient entièrement nouveaux ou en voie d'expansion, sont déjà lancés ou font l'objet de discussions. Au moins quatre usines de matériaux pour batteries sont en chantier.
En mars, LG Energy Solution et Stellantis ont annoncé un investissement de cinq milliards de dollars pour construire la première gigafactory
au Canada, un terme inventé par la firme Tesla pour décrire les usines de production de batteries à grande échelle.
M. Pivnick estime que le Canada pourrait avoir besoin d'au moins une autre grande usine et de deux ou trois usines plus petites d'ici 2030. Le pays doit également accroître la demande intérieure de véhicules électriques et espère que les États-Unis pourront faire de même.
La plupart des gens pensent au sud de l'Ontario lorsqu'ils pensent au secteur canadien de l'automobile, mais une expansion géographique est en cours. Deux des usines de matériaux pour batteries en construction se trouvent à Bécancour, une petite ville de 12 000 habitants à mi-chemin entre Montréal et Québec.
En juillet, la société belge Umicore a annoncé un investissement de 1,5 milliard de dollars pour construire une usine de production de matériaux juste à l'extérieur de Kingston, en Ontario.
Le ministre Champagne a déclaré que la chaîne d'approvisionnement des véhicules électriques est une occasion en or
pour le Canada et que les conséquences pourraient être désastreuses
pour les travailleurs si nous ne saisissons pas cette occasion.
Selon lui, le monde a pris note
du succès des deux dernières années, mais M. Champagne croit que le meilleur reste à venir.
Le Canada en voie de devenir une puissance de l'électrification automobile - Radio-Canada.ca
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