Éric Martel sait que Bombardier demeure perçue, aux yeux du public, comme une entreprise vivant aux crochets de l’État. Le président et chef de la direction de l’avionneur espère que le dévoilement du Challenger 3500, développé sans soutien financier gouvernemental, lui permettra d’arracher partiellement cette étiquette.
« C’est 100 % de l’argent de Bombardier, a-t-il expliqué, dans le cadre d’une entrevue avec La Presse avant l’annonce de mardi, qui s’est déroulée aux installations de Dorval en plus d’être diffusée en ligne. C’est plusieurs dizaines de millions de dollars. »
Le Challenger 3500 n’est pas entièrement un nouvel avion d’affaires dans le segment des appareils intermédiaires. Il s’agit d’un Challenger 350 – un des meilleurs vendeurs de l’entreprise – dont la cabine a été entièrement redessinée. L’assemblage se fera au Québec, tout comme la finition.
Cet investissement survient au moment où le marché de l’aviation d’affaires ne cesse de prendre de l’altitude depuis le début de la pandémie de COVID-19 puisque les ultrariches et les voyageurs mieux fortunés optent pour ce moyen de déplacement.
Il constitue également le premier du genre depuis que Bombardier a complété son recentrage vers les avions d’affaires à la suite d’une douloureuse restructuration qui s’est soldée par une sortie de l’aviation commerciale et de la fabrication de matériel roulant.
L’aventure de la C Series, désormais contrôlée par Airbus, a laissé un goût amer dans la bouche de nombreux contribuables à la suite de l’investissement de 1,3 milliard par le gouvernement québécois pour voler à la rescousse de l’entreprise.
« L’étiquette est encore collée, laisse tomber M. Martel, qui reconnait qu’il reste du travail pour redorer le blason de Bombardier. Ça va prendre du temps. Mais je pense que l’annonce va aider. Les Québécois vont se dire qu’ils ont l’air de s’en sortir et qu’ils investissent leur argent dans un nouveau produit. »
PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE
Éric Martel
Celui qui est aux commandes de l’avionneur depuis avril 2020 a pris soin de souligner qu’à l’exception du prêt de 252,2 millions $ consenti par Ottawa pour le développement du Global 7500 en 2017, il « n’y a plus d’argent du gouvernement » dans Bombardier. L’entreprise a néanmoins l’œil sur les programmes de soutien à l’industrie aéronautique qui figuraient dans le dernier budget fédéral.
Changements… à l’intérieur
Le feu vert au développement du Challenger 3500, qui pourra transporter jusqu’à 10 personnes, a été donné peu de temps après l’arrivée de M. Martel. Puisque les changements ne concernent que la cabine – les mêmes moteurs Honeywell continueront de propulser l’appareil – le budget annuel de recherche et développement de Bombardier, qui oscille aux alentours de 200 millions $ US, n’a pas été dépassé.
L’appareil, dont les premières livraisons sont prévues dans la deuxième moitié de 2022, remplacera le Challenger 350, annoncé en 2013. En dépit de la cure de rajeunissement, le prix catalogue demeurera d’environ 27 millions $ US.
Plusieurs caractéristiques s’inspirent du Global 7500, un jet d’affaires de plus grande taille qui est le nouveau porte-étendard de Bombardier et qui se vend environ 73 millions $ US. Cela comprend notamment un système de manettes automatisées pour faciliter le travail des pilotes.
À l’arrière, l’avionneur a décidé d’installer le fauteuil « Nuage » que l’on retrouve dans le Global 7500 ainsi qu’un système à commande vocale en cabine pour contrôler le système d’éclairage, de température et de divertissement.
« C’est important que les pilotes puissent avoir tout ce qu’il faut, mais la personne qui achète l’avion est surtout assise à l’arrière », a lancé M. Martel.
Le Challgner 3500 permettra à Bombardier d’offrir une cure de rajeunissement à sa plateforme dans le segment des jets intermédiaires, où des concurrents comme Textron, avec son nouveau Cessna Citation Longitude, et Embraer rivalisent.
« Nous croyons qu’une plateforme rafraîchie permettra à Bombardier de miser sur la notoriété du produit pour regagner des parts de marchés sans compromettre son bilan financier », a estimé l’analyste Benoit Poirier, de Valeurs mobilières Desjardins, dans un rapport diffusé avant le dévoilement.
Produire plus d’avions ?
La vigueur du marché a incité Bombardier à relever sa prévision de livraison, qui table sur 120 appareils, par rapport à une fourchette allant de 110 à 120 avions auparavant.
M. Martel n’a pas caché qu’une augmentation de la cadence de production pourrait survenir. Avant de prendre une décision, il veut s’assurer d’un équilibre entre la taille du carnet de commandes et un calendrier de livraison aux délais raisonnables.
« Nous sommes dans la zone de confort que j’aime et on va voir si la tendance se poursuit dans les prochains trimestres, a-t-il dit. On en discute, mais nous ne sommes pas encore rendus là. »
Au deuxième trimestre terminé le 30 juin, le ratio de nouvelles commandes sur livraisons unitaires s’était établi à 1,8 en raison du marché favorable. Le carnet de commandes était demeuré stable, à 10,7 milliards US.
Selon la firme WingX, l’activité de l’aviation d’affaires devrait surpasser le volume enregistré en 2019, l’année où le marché a finalement dépassé les niveaux records enregistrés en 2008.
Bombardier | Une version améliorée du Challenger 350 sans argent public, plaide l'entreprise - La Presse
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